« Dis merci pour le père Noël de Papi et Mamie », dit-on à l’enfant encore au pied du sapin, un peu étourdi au milieu des cadeaux et des papiers d’emballage froissés.

Il n’est pas toujours facile d’être parent; le jour de Noël est une occasion d’embarras de plus. Sans compter que cette journée vient boucler un marathon épuisant d’organisation de cette sainte journée: courses pour acheter la dinde, le foie gras, courses pour trouver les cadeaux, pour les acheter; sans compter les discussions sur le lieu du repas de la veille, du repas du jour.

Mais c’est aussi que nous ne savons pas toujours assumer le mensonge du père Noël; raconter à nos enfants qu’il existe, qu’il vient déposer les cadeaux. A de multiples égards, cela est cause de tourments: mentir à nos enfants d’abord; mais aussi manquer de les apprendre à dire merci pour ce qu’ils reçoivent; plus encore peut-être, priver nos proches des mercis (et des embrassades) des petits. Cela est cause de tourment parce que, croyons-nous, cela va à l’encontre de ce que, pour la plupart, nous tentons d’inculquer à nos enfants: la vérité, la raison, la politesse.

Ceci nous vaut des stratégies biaises qui ne disent pas leur nom: dis merci pour le père Noël de Papi et Mamie.

Or voilà, le père Noël a une vertu formidable, souvent ignorée, même si beaucoup d’enfants en ont une secrète et innocente connaissance: il est don pur. Il est cadeau sans merci, sans contrepartie; ou plutôt, cette contrepartie a déjà été payée puisque, ayant des cadeaux, les enfants ont été sages suffisamment. Il dispense les enfants, un jour par an, d’être cette fois en dette avec leurs parents et leur donne, un jour par an, cette légéreté de l’être que nous, adultes, avons oublié que nous l’avions… Le grand cadeau du père Noël est bien cela: que nous soyons capables de nous retirer et de retirer notre soif de reconnaissance pour ces cadeaux qui nous ont coûté argent, efforts et courses folles dans les magasins bondés; pour offrir à nos enfants d’être libérés des pesanteurs – certes nécessaires – de la vie et de faire l’expérience, une fois par an, d’un cadeau du ciel, d’une grâce.

N’est-ce pas finalement, sous des allures païennes, une belle métaphore du Royaume des cieux promis par Celui dont les chrétiens fêtent ce jour-là la naissance? n’est-ce pas pour nous-mêmes un apprentissage du don selon la parole rapportée par Saint-Matthieu: « que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite » ? n’est-ce pas aussi une belle leçon pour nos enfants que de vivre le don pur?

Et il nous reste tout de même 364 jours par an pour leur apprendre le goût de la vérité, la raison, la politesse…