Confiance, un mot vaste qui recouvre nombre d’acceptions différentes. Confiance en soi, confiance en l’autre, confiance dans la situation qui ont en commun de répondre à la question: sur quoi puis-je m’appuyer? Comment m’appuyer sur mes propres talents, comment m’appuyer sur l’autre, comment savoir où je peux m’exposer sans danger pour moi.

La méfiance est aussi un talent

Les injonctions à avoir confiance semblent méconnaître un peu rapidement que la méfiance ou, sa soeur cadette, la vigilance sont aussi des talents. En environnement hostile, quiconque avec une confiance excessive a tôt fait d’en pâtir. Si la vie est pleine d’héroïsme, elle ne manque pas de vilenie. L’absence totale de méfiance est tout aussi néfaste que l’absence de confiance. La qualité profitable est d’être capable d’ajuster la quantité de confiance qu’on peut accorder.

Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie de la méfiance mais c’est d’abord pour reconnaître que prôner la confiance inconditionnelle partout et en tout lieu serait aussi absurde que de dire qu’on ne peut faire confiance à personne.

C’est pourquoi l’enjeu n’est jamais d’avoir confiance, mais d’abord d’avoir un peu plus confiance, quand c’est nécessaire et utile.

La confiance en soi est (parfois) synonyme de fatuité

La principale et constante injonction donnée par ceux qui veulent votre bien est: « Ayez confiance en vous! » L’idée d’avoir une très grande confiance en soi me fait penser à ces personnes qu’on rencontre parfois, infatuée d’elles-mêmes, pour ne pas dire narcissiques – autre mot à la mode. C’est encore dire qu’il peut y avoir excès de confiance en soi.

D’ailleurs, si on me demande demain de marcher sur un fil entre deux immeubles, je refuserai avec raison. On peut dire que je n’ai pas confiance en moi dans ce domaine. Ce qui est en effet raisonnable car je n’ai aucun talent de funambule. Le cultiverai-je que, peut-être, je pourrais atteindre un certain niveau et obtenir la confiance nécessaire pour oser me lancer dans pareille aventure. En attendant, je trouve surtout raisonnable d’avoir la confiance correspondant à mes talents effectifs, soit aujourd’hui une confiance quasi-nulle.

Certes, je peux pêcher par manque de confiance, au point – toujours dans le même exemple – de renoncer avant d’avoir essayé à apprendre: « je n’y arriverai jamais ». Un manque de confiance non dans ce que je sais faire mais dans ce que je pourrais savoir faire, dans mon potentiel.

Le manque de confiance de soi

C’est trop peu dire qu’on n’a pas confiance en soi, car cela peut se produire de nombreuses manières. Au fond, n’avoir pas confiance en soi, c’est avoir peur. Mais peur de quoi? Peur de mal faire, peur du jugement, peur de rater, peur de réussir, avec toutes les combinaisons possibles entre ces peurs et d’autres. La plupart du temps, l’autre a sa place dans ses peurs. Nous craignons qu’il pense ou dise du mal de nous, qu’il ait une réaction qui nous soit nuisible, etc.

C’est dire que le manque de confiance en soi est souvent manque de confiance en l’autre. Et que derrière cet « autre » – terme vague et générique – se cache souvent une ou plusieurs personnes bien réelles.

Une des idées de la Gestalt est que nos comportements s’enracinent souvent dans des événements que nous avons gérés du mieux que nous avons pu au moment où ils se sont produits mais que, parfois, le douloureux de ces événements a figé nos réactions, de sorte que nous nous comportons en permanence comme si les situations nouvelles étaient similaires à ces événements du passé. Ainsi pouvons-nous avoir ancré en nous le sentiment que, par rapport à telle ou telle situation, notre environnement s’étant révélé hostile, cela se reproduit ou va se reproduire et que, par conséquent, nous ne pouvons avoir confiance.

Ce que nous pouvons exprimer d’une autre manière, en disant que nous voyons dans ceux qui nous entourent les avatars de ceux qui ont joué un rôle dans notre passé, à l’occasion de ces événements difficiles.

Ce que je peux exprimer autrement encore en disant que nous n’avons pas confiance ici et maintenant parce que nous avons eu raison, dans le passé, de ne pas avoir confiance. Ou: le manque de confiance comme le fruit de l’expérience.

Le cercle vicieux de la méfiance

Après avoir relativisé les méfaits de la méfiance, disons aussi qu’il faut parfois en sortir. Surtout quand elle est le fruit d’une expérience figée comme nous venons de l’évoquer.

L’amiral Joire-Noulens, dont j’ai souvent cité ici son discours d’adieu aux armes à l’École navale, a dit dans ce même discours:

Il y a deux attitudes quant à la confiance à accorder à ses subordonnés : la leur donner à priori, quitte à leur ôter s’ils ne s’en montrent pas dignes, ou bien attendre de les connaître pour la leur accorder. Cette dernière est mauvaise, car la défiance engendre la défiance, et vous ne sortirez pas de ce cercle vicieux.

Sous les réserves que nous avons exprimées plus haut qui me semblent implicites ici, car l’homme ne choisissait sans doute pas ses subordonnés sans examen ni ne leur faisait en conséquence une confiance aveugle, le texte me semble dire qu’il est nécessaire de s’ouvrir à la nouveauté de la situation. Même si quelqu’un vous a déçu, qu’il soit un subordonné ou non, rien n’indique que la chose va se reproduire avec autrui.

Il importe donc de sortir du cercle vicieux de la méfiance, ce qui ne signifie toujours pas faire confiance inconditionnellement; car si une personne s’avère capable de ne pas s’en montrer digne – pour reprendre les mots de l’amiral – c’est bien qu’un cadre a été posé et que des règles ont été fixées dans la relation.

Au fait… En quoi la confiance est-elle importante?

J’ai choisi l’image ci-dessus, d’abord parce que je trouve que la capacité des bouquetins à se mouvoir dans des endroits escarpés est une belle image de la confiance en soi; ensuite parce que la confiance n’est jamais aussi nécessaire que dans l’adversité.

Il s’agit bien ici, pour ces deux bêtes qui se confrontent, de trouver des appuis pour faire face sans tomber dans le vide.

Si je n’ai pas confiance du tout: je vais refuser le combat et me soumettre. Car alors, je ne sais pas jusqu’où peut aller l’autre. Ainsi dans un match de boxe ou autre sport de combat. C’est aussi la confiance qu’a chaque sportif que l’autre va se comporter selon les règles qui lui permet de s’engager.

Si j’ai une confiance illimitée, je tiendrai et combattrai de façon opiniâtre, sans jamais renoncer; ce qui me donnera en effet un avantage jusqu’au jour où, tombant sur plus fort que moi et étant incapable de renoncer, je me ferai pousser dans le vide.

Certes, la vie n’est pas qu’un combat. Elle est cependant aussi parfois un combat. Et l’art n’est pas d’avoir confiance; il est d’avoir une confiance ajustée aux situations.

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