Je crois profondément que la violence ne saurait être combattue par la violence. La violence est comme un incendie. Si le feu prend dans votre cuisine, irez-vous allumer un autre foyer dans le salon? Certes non. Mais, me direz-vous, il arrive qu’un contre-feu soit le moyen d’arrêter un feu. Oui… Mais à quel prix. Au prix d’arbres sacrifiés pour priver l’incendie premier de toute nourriture. C’est au fond ce que firent les russes pendant la campagne de Russie de Napoléon. La stratégie de la terre brulée. Êtes-vous prêts à cela dans les situations que vous rencontrez? Que laisserez-vous brûler? Il semble que ce soit une stratégie un peu désespérée. D’autre part, un contre feu nécessite d’être lui-même circonscrit, afin qu’il n’échappe pas lui aussi à votre contrôle. C’est bien qu’il faut tracer un cadre autour de lui, autour de la situation.

Et, en effet, le cadre semble être le moyen le plus sûr de lutter contre la violence; contre la violence présente mais plus encore contre la violence à venir, autrement dit pour prévenir l’irruption de la violence.

L’expérience de Kurt Lewin est significative à cet égard… Des groupes d’enfants animés selon trois modalités: une modalité autoritaire, une modalité collaborative et une modalité laxiste. L’observation a montré que la différence entre les deux premières est que l’autorité permet une plus grande efficacité dans les choses simples quand la deuxième prend plus de temps, tandis que celle-ci permet d’aller plus loin en libérant la créativité. Je compare volontiers ce résultat au comportement d’un skipper: tranquille et enseignant par mer calme; durement autoritaire en cas de coup de vent. Autoritaire donc pour un travail simple mais urgent dans des circonstances où les patients enseignements ne peuvent trouver leur place. Quant à la troisième modalité? De la violence, tout simplement.

C’est donc un argument en faveur du cadre pour lutter contre la possibilité de la violence.

Mais que signifie mettre du cadre? Le cadre, ce sont d’abord des règles (qu’on appellera selon les cas règles, principes, loi…) Des règles partagées par tous à défaut d’avoir été co-créées même si on doit tendre vers cette situation. Un cadre solide suppose en effet une confiance des personnes concernées par le processus de production des règles. D’un point de vue société aujourd’hui, il semble que cette confiance ne soit pas sans faiblesse: suspicion d’iniquité ou de fabriquer des lois de façon corrompue; absence de sentiment d’être valablement représenté.

Le cadre n’est de même solide que s’il est porté par du « sens », pour sacrifier au vocabulaire contemporain; autrement dit s’il est conçu pour le bien commun plutôt que simplement un mauvais compromis fruits de batailles d’intérêts. Il n’y a de cadre pérenne qu’avec une envie commune.

Ensuite, et peut-être surtout, il importe de « tenir » le cadre… Il semble qu’il y ait quelque chose de naturel dans les communautés humaines à trouver des individus pour « tester » le cadre, tester les limites, en vérifier la validité. D’où il apparaît que la possibilité de la sanction est indissociable du cadre. Sanction en voulant pas nécessairement dire « punition ». Ainsi que la dit Robert Ingersoll: « Dans la nature, il n’y a ni récompense ni punition, mais des conséquences. » Sortir du cadre ne doit ainsi pas être sans conséquences. Bien des responsables hésitent cependant à sanctionner, même s’il s’agit d’une simple réprimande. C’est en particulier à leur attention toute particulière que j’ai créé la formation « Oser le conflit ». Mais il faut garder en tête que, ne pas sanctionner, c’est sanctionner ceux qui font l’effort de respecter les règles. Si les fraudeurs ne sont pas poursuivis, c’est au dépens de ceux qui payent leurs impôts rubis sur l’ongle puisqu’ils doivent supporter collectivement le manque à gagner.

En résumé:

  • Le cadre est un moyen de prévenir la violence
  • Il doit être co-créé ou, à défaut, partagé
  • Il ne peut valablement être construit que s’il est au service d’un objectif commun
  • Il n’y a pas de cadre qui tienne si les effractions sont sans conséquence.

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