Le terme de « confiance en soi » désigne une chose curieuse; si je fais le naïf, je comprends qu’il s’agit de savoir si je puis me faire confiance ou, au contraire, si je dois me méfier de moi-même: n’essaierai-je pas de me faire une entourloupe? Si je fais le savant, je dis que la confiance en soi est confiance en cet être inconnu et familier à la fois, qui vit en nous et qu’on nomme généralement l’inconscient.

Il y a dans cette relation de soi à soi une ambiguïté que je ne surmonte pas et l’idée de « confiance en soi » qui rend réflexif ce regard porteur et stimulant de la confiance, me fait songer à un homme qui arriverait à se soulever de terre en se tirant par les cheveux, tel le baron de Münchhausen qui se sort avec son cheval de sables mouvants où il s’est imprudemment engagé (et qu’illustre la gravure de Gustave Doré ci-dessus)

La confiance est d’abord une énergie donnée; de même qu’un crédit – dont le fondement est la confiance – est de l’énergie pécuniaire donnée par autrui pour une réalisation. Comment se prêter à soi-même, qu’il s’agisse d’un crédit au sens général ou au sens particulier?

D’une façon générale, la confiance est souvent une manifestation d’amour – dans un sens certes très large – qui fait que la confiance en soi est toujours suspecte de narcissisme; la confiance en soi tend d’ailleurs à n’être vertueuse que lorsqu’on en manque; dire à l’inverse de quelqu’un qu’il ne manque pas de confiance en soi est comme affirmer qu’il ne manque pas d’air: le début d’une vacherie!

Je tiens que ce qu’on nomme la confiance en soi est d’abord de la foi; foi peut-être dans « sa bonne étoile »; foi maintenant dans la bienveillance du ciel ou foi demain dans les occasions de rebondir si aujourd’hui ne nous apporte pas le succès. Foi dans le hasard ou la chance pour certains, dans la providence pour d’autres; foi enfin dans ce qui n’est pas nous mais concourt à faire notre vie telle qu’elle est.

Simone Weil qui dit: « Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. »

C’est ainsi que la confiance en soi, recluse dans la stricte relation de nous à nous, ne pourrait nous élever; seul le miracle de la confiance d’un être humain envers un autre, malgré le poids infini des traîtrises commises par l’espèce, a une chance de ressembler à la grâce.

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