Tout dire, tout le temps, serait une imbécillité. Le mythe de la transparence absolue est une idée absurde, non seulement irréalisable – chacun ne reçoit que ce qu’il est capable de recevoir – mais aussi nocive. La discrétion est parfois nécessaire. Néanmoins, cela ne justifie pas à tous les coups le non-dit opéré dans les organisations, souvent pour de mauvaises raisons. Non pas parce qu’il faut taire une information, stratégique par exemple, mais souvent par manque de courage.

L’origine du non-dit

Si je tais quelque chose, c’est soit parce que j’espère un bénéfice ou que je redoute les conséquences de dévoiler ce que je sais.

Les bénéfices du non-dit: faire de la rétention d’information permet de gagner du pouvoir. Une forme de pouvoir plutôt fragile semble-t-il, dès lors qu’il ne s’agit pas, comme nous l’évoquions ci-dessous, d’une information stratégique: un secret de fabrication, des négociations en cours… En réalité, dans l’immense majorité des cas, il s’agit davantage d’empêcher un tiers d’accéder à cette information et, craignons-nous, nous nuire ou nous faire de l’ombre. Ce qui rejoint le deuxième type d’origine.

Les conséquences de dire: que puis-je craindre, au sein d’une organisation? Une sanction, pouvant aller jusqu’au licenciement? Un coup de frein à ma carrière, si je fâche ou contrarie ceux qui ont mon destin au creux de leur main? Ou tout simplement le jugement, voire le rejet de mes collègues?

S’il est légitime de montrer de la prudence dans le dévoilement, s’il y a en effet une forme de danger à « dire », il importe de considérer, d’une part qu’il y a la manière de dire, d’autre part que le danger est parfois « fantasmé » et surestimé.

Au fond, ce que nous craignons, c’est le conflit ou, pour reprendre la façon dont ce mot est employé dans mes articles, l’émergence du conflit, de la divergence d’opinion, du désaccord. Avec l’idée qu’un conflit mène forcément à de la violence.

Dire ou ne pas dire, l’ouverture de la soupape…

Ne pas dire, c’est laisser l’énergie s’accumuler dans le sous-sol. J’aime cette image des plaques tectoniques qui ont des mouvements antagonistes et qui, au bout du compte, finissent par provoquer des catastrophes. À moins que la terre ne tremble régulièrement et modérément, pour purger cette énergie souterraine. Ce qui n’est pas dit se dit quand même, d’une autre façon, souvent incontrôlée, parfois avec cette violence que nous redoutions pourtant et qui justifiait notre silence.

D’un autre côté, dire, c’est s’exposer soit à l’effet « Cassandre », maudite d’apporter les mauvaises nouvelles et que personne ne croit, soit à être celui ou celle qui porte la contradiction, le râleur de service.

C’est ici que les techniques de communication, de gestion de conflit sont utiles. Mais il faut d’abord oser. Et moins mon initiative est affermie, plus je risque d’être maladroit et de susciter des réactions négatives.

Les conditions pour sortir du non-dit

Les conditions pour sortir du non-dit sont les suivantes:

  • Les étapes de la confiance :
    • Suffisamment de confiance en soi.  Comme je l’ai dit plus haut, si j’hésite, si je tremble, je risque de mal m’y prendre; d’où la nécessité d’un travail sur soi.
    • Une intention claire:, qui fonde la confiance dans le propos: si je sais pourquoi je dis ce que j’ai à dire, je peux m’appuyer sur cette motivation et l’expliciter, ce qui rend mon propos plus acceptable. Au contraire, à l’instar des tamis de Socrate, si ce que j’ai à dire n’est ni utile, ni vrai, ni bien, mieux vaut en effet me taire
    • La confiance du groupe, autrement dit un cadre sécurisé. Je dois être assuré que je peux dire ce que j’ai à dire, que je serai soutenu et défendu par l’organisation ou le groupe dans lequel je suis. Est-ce que, dans ce groupe, dire est autorisé?
  • Appuyer ce que j’ai à dire sur des faits. C’est la base, par exemple, de la communication non violente. C’est aussi un moyen d’ancrer le discours dans du concret. Ce concret pouvant être des faits irréfutables, ou disons considéré comme tels par toutes les parties, mais aussi ma propre expérience que nul ne saurait contester puisqu’elle m’appartient.
  • Le contact: toute violence d’une rupture de contact entre les personnes. L’agresseur ne voit pas réellement sa victime, ne la voit pas comme un être humain à part entière. À nous de prendre notre part de responsabilité et de considérer nos interlocuteurs, quels que soient la nature de nos différends, si profonds soient-ils, comme de vraies personnes.

Toutes choses banales et qui ne le sont pas nécessairement. Notre vigilance à cet endroit nécessite de l’entraînement et un savoir-être qu’il peut être utile de travailler auprès de professionnels de l’accompagnement.

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