…Ou la méthode scientifique dans la relation

Ce qui est évident pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. De sorte que les évidences sont, dans le quotidien à la maison ou dans le monde professionnel, des sources constantes de malentendus. Or il n’est pas de discussion, négociation ou accord possibles sans une vision partagée de l’objet des débats ou des faits qui en sont à l’origine. Ce qui rend nécessaire le partage des représentations.

Vieille femme et jeune femmeDes images circulent pour illustrer cette nouvelle évidence – une sorte d’évidence sur les évidences – à commencer par celle ci-contre, représentant, selon comme on la regarde, tantôt une vieille femme de trois quart avant et tantôt une jeune femme de trois quarts arrière (le nez de la vieille étant le menton de la jeune). Dès lors que chacun est persuadé que ce qu’il voit est la seule réalité, alors un accord ne peut être établi sur des bases solides.

L’exemple de la communication non violente

En communication non violente – CNV – la méthode préconise une démarche en quatre temps:

  1. Etablir les faits sur lesquels on discute
  2. Dire ses sentiments
  3. Exprimer ses besoins
  4. Formuler une demande

Par « faits », dans la première étape, on entend une vision partagée de la réalité. Si je veux m’ouvrir à mon collègue que je ne supporte pas qu’il arrive au bureau sans me dire bonjour, il nous faut d’abord établir les faits: que nous soyons d’accord qu’en effet il ne prend pas la peine de me dire bonjour le matin. Si, comme j’en ai fait l’expérience dans mon immeuble récemment, la personne prétend que, si, elle me dit bonjour mais que c’est moi qui n’entends pas, alors nous n’avons pas de base commune pour discuter, négocier, faire une demande.

C’est ainsi que les faits ici sont moins une donnée objective du monde qu’une donnée subjective commune à l’autre et à moi. Et c’est ainsi que pour appliquer la CNV telle que décrite ici, il y a un chemin à faire qui ne va pas de soi, ce chemin étant le partage des représentations.

À la rencontre de deux mondes

Nous n’avons du monde réel qu’une perception limitée – au point que certains se demandent si ce monde réel existe bel et bien. Nous nous garderons de rentrer dans ce débat. Cette perception nous permet de construire une représentation de ce monde, qui constitue un monde en soi: notre monde intérieur. Communiquer avec quelqu’un, c’est faire se rencontrer deux mondes, le monde intérieur de la personne et le nôtre.

Et, donc, communiquer avec quelqu’un, c’est ouvrir son monde intérieur à l’autre et partir à la découverte du monde intérieur de notre vis-à-vis. Le premier mouvement peut être appelé le dévoilement, qui n’est pas chose si facile et que nous ne faisons souvent qu’avec méfiance, de peur que l’autre n’abuse de cette porte ouverte. J’y reviendrai dans un article ultérieur. Le deuxième mouvement – auquel nous nous intéressons plus particulièrement dans le présent article – est semblable à l’exploration du monde physique telle que les scientifiques la pratique depuis quelques siècles.

Théorie et expérience

« Une théorie peut être vérifiée par l’expérience, mais aucun chemin ne mène de l’expérience à la création d’une théorie« , a prétendu Albert Einstein. Manière sans doute de dire qu’une théorie est une interprétation du monde qui ne saurait être déduite de façon univoque de l’observation du monde. Ce que dit également Niels Bohr, à sa façon, en prétendant que « Il est faux de penser que la tâche de la physique est de savoir comment fonctionne la nature. La physique porte sur ce que nous disons sur la nature. »

Dans le domaine de la relation, ces assertions me semblent raisonnablement transposable: ce que nous disons d’autrui parle autant de nous que de lui. Ce que les psychologues nomment avec le terme « projection ». Quand je dis ou pense quelque chose à propos de quelqu’un, je « projette » une partie de moi sur lui.

En physique, comment font les scientifiques? Ils bâtissent une théorie, sur la base de l’intuition, voire de l’imagination, puis ils la mettent à l’épreuve des faits par des expériences. Aucune expérience ne saurait valider définitivement une théorie mais seulement, soit l’invalider, soit augmenter notre degré de confiance vis-à-vis d’elle et préciser le périmètre à l’intérieur duquel elle peut être pertinente. Cela ressemble aux crash tests des constructeurs automobiles. Si un véhicule ne passe pas le test, sa conception doit être revue. S’il le le passe, ça ne signifie pas qu’il soit indestructible ou même totalement sûr, mais cela augmente notre degré de confiance.

L’application de la méthode scientifique à la relation

Rien de sorcier en vérité. À ceci près que nous avons souvent été éduqués avec l’idée qu’une question doit être la plus objective possible. Je vous propose de laisser tomber délibérément cette idée. Posez votre intuition, votre « théorie » et laissez-la à l’appréciation de l’autre. Ce qui constitue d’ailleurs en soi une forme de dévoilement. Par exemple, je pourrais dire à mon voisin – qui prétend me dire bonjour – que, de mon côté, je n’entends pas qu’il me dit bonjour et que j’ai donc l’impression soit qu’il ne le dit pas, soit qu’il le dit si faiblement et à contre-coeur, que je ne peux pas le recevoir. Et lui demander ce qu’il en pense. Tout est là, au fond: l’ouverture à la réfutation. Mais c’est aussi prendre le risque du conflit, au sens où je l’entends généralement dans mes article, c’est-à-dire désaccord, divergence, voire dispute.

Il se trouve que je n’ai pas essayé avec ce voisin, tout simplement parce que ça ne m’intéresse pas tellement et que le jeu ne me paraît pas en valoir la chandelle. En l’écrivant, je le regrette presque d’ailleurs, ça aurait pu être intéressant! Mais je ne l’ai pas fait parce que cette approche signifie d’abord entrer en contact et, donc, prendre le risque du contact.

Eussé-je d’ailleurs essayé que, peut-être, j’aurais essuyé un échec dans ma tentative. Eh quoi! Toutes les expériences ne réussissent pas!

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