Quand il n’y a pas d’adhésion, que ça « patine »

Vous avez le sentiment que vous n’êtes pas toujours entendus de vos équipes ou des groupes dont vous avez la responsabilité ? Les personnes ne se souviennent pas des consignes ou les remettent en cause, même si vous avez le sentiment qu’elles ont acquiescé, voire validé leur adoption. Elles étaient d’accord, vous en êtes sûrs, mais semblent avoir changé d’avis. Au pire, vous avez l’impression qu’on se moque de vous.

Pourtant, lors de la dernière réunion, vous étiez sortis satisfait. Le groupe avait adopté la démarche que vous aviez proposé. Que ce soit une méthodologie projet, des règles de fonctionnement dans l’entreprise ou dans le groupe, une répartition des tâches et des responsabilités : qui fait quoi pour quand.

Et voilà qu’aujourd’hui, c’est comme si tout ça comptait « pour du beurre », que les conclusions, soit n’étaient pas prises au sérieux, soit n’avait pas marqué les esprits au point que beaucoup les avaient oubliées.

Cela vous donne le sentiment d’une mécanique qui ne fonctionne pas, que le moteur n’entraîne pas les roues : ça n’adhère pas, ça patine, et le moteur tourne à vide. Le moteur de l’envie ou de la nécessité qui n’est pas relié aux roues du passage à l’action.

Épuisant !

Avant d’aborder cette question, faisons un petit détour…

Assis à son bureau, la voiture au parking

C’est la situation typique du salarié d’entreprise : pendant les heures de bureau, il ne se préoccupe pas de son véhicule, que celui-ci soit dans l’entreprise ou à son domicile parce qu’il a pris les transports en commun.

Situation métaphorique pour parler d’une représentation que nous sommes nombreux à partager : nous serions des êtres vivants, plutôt localisés dans la tête de notre corps, tandis que ce dernier serait notre véhicule. Autrement dit, notre corps ne serait pas vraiment nous mais une sorte d’accessoire ou d’appendice. Accessoire dont nous n’aurions guère l’usage au travail, sauf pour nous véhiculer d’un bureau à l’autre ou pour effectuer des tâches manuelles requises par notre profession.

Tout le vocabulaire incline à penser de la sorte : quand je dis, par exemple, que mon dos me fait mal, ce n’est pas tout à fait de moi que je parle mais d’une chose, le dos, qui aurait l’air d’être un peu étrangère à moi. Mon dos me fait mal, comme mes chaussures me font mal.

De la même façon, quand je dis que je me laisse déborder par mes émotions, c’est un peu comme si, militaire, je disais que j’ai laissé mes troupes se faire déborder par l’ennemi.  Non seulement les émotions ont l’air d’être des entités douteuses – autrement dit pas vraiment nos amies – mais, surtout, elles ont également l’air de nous être étrangères, de nous tomber dessus comme la grippe ou la gastro.

Mon corps, c’est moi

Tout se passe donc comme si notre corps, j’allais dire la partie mécanique et sensible pour inclure la chair et les émotions, était un robot à notre service dont nous attendons un comportement sage et silencieux. « La santé, avait dit le docteur Leriche dans les années 30, c’est la vie dans le silence des organes. » De même, une activité professionnelle saine serait ainsi le travail dans le silence du corps et des émotions.

Quand vous voyez une personne au loin, vous ne vous dites pas : « ah, c’est le corps de Gérard ! » Vous dites plus simplement : « c’est Gérard ! » En effet, c’est lui tout entier. De même, mon corps, c’est moi.

La chose a, me semble-t-il, quelque chose d’évident. C’est même avec effort que nous réalisons que, pourtant, nous n’agissons ou ne nous exprimons pas toujours dans le sens de cette évidence.

Du demi-engagement à l’engagement total

Partant, toute action prise en ignorant le corps et les émotions, disons pour user d’un langage symbolique, le corps et le cœur, est une demi-action ; tout mouvement un demi-mouvement ; tout engagement, un demi-engagement.

Au contraire, un engagement résultat d’un mouvement de l’esprit, du corps et du cœur est un engagement total ou engagement réel.

Des dispositifs destinés à favoriser un engagement total nous sont familiers et existent depuis des temps immémoriaux.

Le mariage par exemple :

  • Un engagement de l’esprit, du moins pouvons-nous le souhaiter, des époux qui ont réfléchi.
  • Un engagement du corps : il faut se lever et aller devant le bureau du maire – ou devant l’autel dans un mariage religieux – se passer les anneaux au doigt sans oublier le baiser.
  • Un engagement des émotions : naturelles en pareille circonstance, mais stimulées par la musique parfois, par la présence des proches qui manifestent leur joie ou leur enthousiasme.

Au tribunal :

  • Le même engagement de l’esprit, réclamé par les paroles de la prise de serment de dire la vérité.
  • Un engagement du corps en se déplaçant à la barre du tribunal.
  • Un engagement de l’émotion par le caractère solennel de la cour, les costumes, le ton.

Ces processus, très anciens et auxquels nous sommes habitués, sont des « rituels ». Ce grâce à quoi l’engagement se fait selon les trois modalités de l’existence, esprit, corps, coeur.

De l’intérêt des rituels

Tout rituel, quel qu’il soit, a vocation à agir dans les trois dimensions. Et c’est là tout son intérêt puisqu’il suscite de l’engagement total. Ainsi du rituel du mariage, ainsi du rituel au tribunal, ainsi de nombre de rituels dans la société.

Les rituels s’insèrent souvent dans un mouvement de conservation : la tradition. Dans les organisations, on parlera plutôt de culture, par exemple de culture d’entreprise. Ce mouvement leur donne de la force – la légitimité du temps – et maintient l’émotion suscitée par le rituel.

La tradition n’a pas toujours bonne presse. C’est alors qu’elle ne joue pas son rôle, de maintenir les rituels vivants ; elle devient figée, hors du temps voire sans intérêt. Elle peut devenir bête répétition, voire même mascarade dont on ne sait plus pourquoi on y participe.

Tout l’art est là: utiliser la force du temps sans en subir les avanies; mettre en place des rituels, ce qui prend du temps, qui suscitent de l’engagement sans « fatiguer » et lasser, sans que les choses soient faites de façon mécanique.

Le rituel est tout le contraire de la « mode ». Il dure, au contraire de cette dernière; et en même temps, il ne saurait s’imposer comme l’évidence du moment mais, au contraire, émerge lentement et s’installe dans le temps.

La mode est futile; le rituel permet d’installer des engagements dans le temps. C’est pourquoi toute entreprise doit inventer ses propres rituels. Les inventer collectivement éventuellement, selon qu’elle a une culture collaborative ou non, mais en aucun cas recopier bêtement, comme une recette, les façons de faire du voisin. Car il ne s’agit pas de s’engager chez le voisin, mais chez vous.

Ancrer…

Ceci nous ramène au démarrage de notre discussion: pourquoi les personnes de votre équipe semblent oublier ce qui vous semblait clair? Parce que les choses ne sont pas « ancrées ». Un engagement total, au travers d’un rituel ou de toute autre processus qui mette en oeuvre le corps, le cœur et l’esprit, permet cet ancrage. Il suppose a minima qu’on y consacre le temps nécessaire, qu’on vérifie – très simplement – que les choses sont claires pour tout le monde.

Pour cela, la question « c’est clair pour vous? » ne suffit pas. Il faut que chacun s’engage. Qu’il le dise avec des mots, avec des gestes et si possible avec son coeur. Ce peut être aussi simple que de faire quelques pas pour afficher un post-it sur un tableau.

Mais ça fait toute la différence.

 

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