Comment, dans les entreprises, nous faisons les choses à moitié…

On peut dire d’une certaine façon que la vie est un saut d’obstacles: nous passons notre temps à faire face aux situations qui se présentent à nous, qu’elles soient agréables ou non; Notre façon d’aborder les situations pourrait être schématisée par quatre étapes [1] illustrées avec un exemple volontairement simpliste :

  1. L’émergence : la situation prend forme sans que nous en soyons encore conscient. Par exemple, mon ventre gargouille : « ça » gargouille, je n’ai pas l’impression d’être l’auteur de l’événement.
  2. La décision : je décide ce que c’est et ce que j’en fais ; autrement dit, je nomme et je m’oriente. Dans l’exemple, je me dis que j’ai faim et je décide d’aller chercher un yaourt dans le frigo.
  3. L’action : je suis dans la situation, totalement pris. Je mange mon yaourt ; c’est l’instant de la satisfaction du besoin.
  4. L’assimilation : je tire les bénéfices de l’action. Dans mon exemple, je digère le yaourt.

Le schéma s’applique à toute situation, voici d’autres exemples :

Dans la rue :

  1. Je me promène dans la rue ; une personne arrive en face de moi qui a un air familier, sa silhouette me dit vaguement quelque chose.
  2. C’est Gérard ! Mon vieil ami avec qui je me suis fâché la semaine dernière, je décide de l’éviter.
  3. Je change de trottoir.
  4. Je rumine la situation et j’ai un peu honte d’éviter mon ami d’enfance.

Dans un groupe :

  1. Je démarre une animation ; il règne une sorte de climat « bizarre », d’apathie.
  2. Je suspecte – façon de nommer la situation en faisant une hypothèse – qu’il y a du non-dit. Je décide d’interroger le groupe.
  3. Je m’exécute et j’entends les attentes des participants
  4. Je comprends que le programme ne correspond pas aux attentes, je me dispose à l’adapter.

Retenons qu’en entreprise, tel que j’ai pu souvent l’observer, les choses se passent plutôt comme ça :

  1. Voilà quelle est la situation, que faisons-nous ?
  2. Ok, c’est décidé, action dans la semaine, je file, j’ai une autre réunion de prévue.

Autrement dit, les phases d’émergence et d’assimilation sont esquivées. Phases lentes et passives en apparence, qui peuvent donner l’impression d’être inutiles et qu’il serait donc possible, voire légitime, d’en faire l’économie. Nous nous focalisons ici sur ce qui semble être les deux pôles de l’activité humaine : réflexion et action.

Pas de phase d’émergence : c’est la toute-puissance du non-dit. Vous manquez toutes les informations qui semblent peu importantes a priori ou qui sont détenues par des personnes qui hésitent à se manifester. Le groupe risque de partir dans une fausse direction, après quoi il est trop tard, l’affaire est engagée et le groupe répugne à revenir en arrière. Ceux qui n’ont pas été entendu ont le sentiment que leur avis ne compte pas (quelle que soit leur responsabilité à n’avoir rien dit).

Vous ne prenez pas le temps de l’embarquement, des passagers restent au sol. C’est de l’énergie perdue pour le groupe et sa cohésion est malmenée. À quoi bon mener des actions de cohésion d’équipe, ou team building, si c’est pour tout casser à la première réunion venue ?

Pas de phase d’assimilation : Le groupe a toutes les chances d’avoir des difficultés à passer à l’étape suivante. La phase d’assimilation ressemble à l’action de l’alpiniste qui plante un piton pour s’appuyer dessus afin de grimper davantage. Pas de piton, pas de progression. Rappelez-vous qu’un groupe est un organisme plus lent qu’un individu seul. Vous devez prendre ce temps d’assimilation et vérifier qu’il s’est bien opéré.

[1] Version adaptée du « cycle du contact », en Gestalt-thérapie, une approche psychologique de l’être humain.

Vous pouvez télécharger l’intégralité du livre blanc sur la page Comment animer efficacement un groupe. Abonnez-vous à ma lettre d’informations pour recevoir mes articles (barre ci-contre) ou contactez-moi.