Comment empêcher la peur de nous empêcher

Peur des conflits, peur du noir, peur de l’avenir, peur des autres… Les peurs sont nombreuses, mais aussi utiles. Si je n’ai pas au moins un peu peur de traverser la route, je risque par insouciance de ne pas regarder suffisamment si une voiture arrive ou non. En cela, la peur mobilise, nous donne la vigilance nécessaire pour affronter sainement les différentes situations de la vie. Cependant, la peur peut aussi nous envahir. Si je suis figé sur le bord de la route par peur du danger, alors cela m’empêche définitivement de traverser la route. Tout comme si je suis figé pour aller à la rencontre d’autrui. Autrui pour lui parler et nouer une relation, autrui pour faire prospérer mes affaires, autrui avec qui construire un avenir. Autant de situations problématiques que nous pouvons avoir envie de surmonter pour aller un pas plus loin.

Car il s’agit bien de cela: être capable d’aller un pas plus loin. Faire ce premier pas qui va nous emmener vers l’inconnu. « Il n’y a que le premier pas qui coûte », dit une maxime. Oui, mais ce premier pas peut coûter beaucoup, au point de nous confronter à l’impossible.

Un petit pas…

Dans notre stage, « Entreprendre, un voyage héroïque », Alain Pascail et moi-même en faisant couramment l’expérience dans les mises en situation: un petit pas permet de mettre les protagonistes face aux peurs de leur vie et leur permet de faire l’expérience qu’ils sont capables et peuvent les surmonter. Non sans, certes, émotion et besoin d’élaboration, voire besoin d’aide. Mais tout de même: ils apprennent que ce premier pas est possible.

Notre hypothèse est que, si ce premier pas est si difficile pour nous tous, c’est que la peur aplatit le monde ou abolit les distances. J’ai peur de traverser la route parce que, dans mon esprit, la voiture que j’imagine arriver est déjà sur moi. J’ai peur d’aller au conflit parce que je ne crois pas qu’entre ce premier pas et le pire que j’imagine – un poing dans la figure, un rejet brutal,… – je ne vois pas qu’il y a de la distance. Il n’y a pas de progression dans la réaction de l’environnement à mon action, le pire, qu’il s’agisse d’une voiture, d’un échec, d’un danger, est immédiatement sur moi. Il est quasiment sur moi avant même que j’aie entrepris quoi que ce soit. Car il s’agit bien de cela: une peur qui nous empêche d’entreprendre, c’est-à-dire de nous mettre en mouvement pour changer l’ordre du monde. C’est-à-dire encore de déranger le monde.

À cela de multiples raisons: Par exemple l’éducation puisqu’on nous a appris à ne pas déranger. « Excusez-moi de vous déranger », me susurrent sans arrêt mes interlocuteurs au téléphone. Peut-être l’un des fondements du sentiment que, l’entreprise, c’est mal, puisqu’il s’agit en effet de déranger.

Par exemple encore, la peur de la violence, une peur comme une forme d’allergie à certaines formes de violence – abandon, humiliation,  maltraitance, culpabilisation – que nous avons subies dans le passé et face auxquelles nous avons développé une sensibilité exacerbée, qui nous fait craindre d’avance leur apparition, même en l’absence de tout signe objectif.

Que faire avec la peur?

« Il existe un curieux paradoxe : quand je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer » (Carl Rogers). D’abord reconnaître la peur; une étape pas si facile, surtout quand on pense que la peur est une faiblesse. « Je n’ai jamais peur », me disait récemment un participant dans un séminaire. Puis, après un temps: « c’est peut-être mon problème », avec certes un sourire en coin. Oui, c’est peut-être un problème, pour faire un pas de plus, pour progresser. Le déni n’est jamais productif si l’on veut se transformer.

Ne pas faire peur à la peur

Après quoi, nous pouvons envisager d’avancer à tout petits pas. C’est ce que propose la voie du kaizen [1], avec Robert Maurer, qui explique que la peur est un sentiment profond et archaïque et que la raison ne suffit pas à l’apaiser. Il préconise donc d’avancer à tous petits pas, des pas si petits qu’ils semblent imperceptibles. Par exemple, plutôt que de s’imposer une diète sévère pour maigrir, qui va bientôt réveiller la peur archaïque du manque dans les tréfonds de notre âme et, parce que les réflexes sont plus puissants que la pensée, nous plonger le nez dans un paquet de chips, Maurer invite à réduire de presque rien notre bol alimentaire. Une fois l’habitude ancrée, alors nous pouvons augmenter progressivement, très progressivement le mouvement.

Faire face au dragon

La peur est souvent le produit de notre histoire, si marquante à certains moments de notre vie que le simple rappel dans le présent suffit à la réveiller. Un autre moyen de traiter la peur est donc de faire l’expérience que le présent n’est pas le passé et que la situation d’aujourd’hui n’est pas la situation du passé, ceci afin de montrer que la peur n’est pas d’actualité.

C’est ce que nous faisons dans le stage « Entreprendre, un voyage héroïque », en permettant aux participants d’affronter « leur dragon ». C’est-à-dire la représentation de leurs peurs. Affronter au sens de « faire front ». Et de faire un pas vers lui. Le premier pas qui coûte; mais aussi le premier pas qui permet de dénouer les peurs anciennes, qui permet de prendre conscience que le présent se démarque du passé, le premier pas qui permet d’ouvrir l’avenir.

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[1] « Un petit pas peut changer votre vie – la voie du kaizen, Robert Maurer, Le livre de poche 2017