Personne n’a besoin d’un coach ou d’un thérapeute, et j’en sais quelque chose puisque je suis l’un et l’autre. Une mienne parente, en grande difficulté psychologique suite à une maladie grave et à un état dépressif permanent refusait pourtant toute aide d’un professionnel parce que, disait-elle, « je ne suis pas folle ». En effet, elle ne l’était pas ; d’une certaine façon, elle n’avait pas réellement besoin d’un thérapeute, si l’on entend par « besoin », quelque chose qui tient à la survie ou la sécurité de ses proches ou d’elle-même.

Dans le domaine professionnel, côté coaching, un correspondant de ma newsletter se désabonne parce que, m’écrit-il, « le coaching, c’est la bouée des faibles ». Bien que sa réponse m’ait agacé, je dois reconnaître qu’elle n’est pas sans logique. Celle qui prévaut généralement à propos de santé, dans la droite ligne de la citation du docteur René Leriche : « La santé, c’est la vie dans le silence des organes » [1]. Autrement dit, le corps est condamné à faire silence ou à aller chez le médecin, un peu comme une machine qu’on amène au réparateur quand elle tombe en panne.

Il y a dans cette conception du besoin, quelque chose qui tient au « dernier recours ». Tant qu’on peut s’en passer – d’un coach, d’un thérapeute, d’un médecin, d’un réparateur,… – alors on fait sans. Une sorte de sobriété d’usage qui ne me semble cependant pas toujours aller de pair, chez les personnes qui la pratiquent, avec une sobriété de consommations d’objets. Curieuse pensée qu’il vaudrait mieux piocher dans les ressources naturelles que dans les ressources humaines…

Dans une récente conversation, un ami me confie que « plus personne n’a de besoins mais seulement d’inavouables aspirations ou douleurs ». [2] Cela m’inspire que nous avons acquis, dans notre comportement de consommateur, un savoir-faire qui nous permet d’acheter des objets ou même des services pour une infinie variété de raisons, qui vont de la nécessité à l’agrément, en passant par toutes les catégories du système SONCAS [3], savoir-faire qui semble en même temps protéger notre intimité – l’inavouable –, nous tenir à distance par crainte sans doute de souffrir. Des objets et des services comme autant de protections de notre cœur, de notre fragilité et, je me répète, de notre intimité. Car oui le coaching et la thérapie sont deux démarches qui nous exposent, nous mettent au risque de l’autre. Comme le sont toutes les relations intimes qui peuvent être aussi, nous le savons, nourrissantes, épanouissantes et de nature à nous transformer pour gagner en liberté.

Personne n’a besoin d’un coach ou d’un thérapeute, de la même manière que personne n’a absolument besoin de relations authentiques et profondes ; parce que personne n’a absolument besoin de s’épanouir, de se transformer, et qu’il est toujours possible, pour chacun d’entre nous, de continuer notre vie telle qu’elle est aujourd’hui.

[1] Docteur René Leriche – 1936
[2] David Le Glanaer, Conférencier, co-fondateur Syd Conseil
[3] Acronyme utilisé dans le domaine commercial qui énumère les motivations d’achat : Sécurité, Orgueil, Nouveauté, Confort, Argent, Sympathie ; auquel on rajoute parfois un « E » pour Environnement.